Faut-il dire l’un ou l’autre ou s’agit-il de synonymes ?

D’après Ngram Viewer*, l’utilisation du mot « interprétariat » augmente fortement depuis les années 80. Au même moment où l’occurrence d’ « interprétation de conférence » baisse. En 2013 (dernière année répertoriée), les deux étaient au même niveau.
Le terme « interprétariat » remonterait aux années 1877 et aurait été créé par analogie avec « notaire » ou « secrétaire ».
Le mot est, à l’évidence, mal formé, l’interprète n’étant pas un « interprétaire » (comme notaire ou secrétaire).
Et pourtant, beaucoup (pas tous) les dictionnaires le reprennent et considèrent que « interprétariat » et « interprétation de conférence » sont des synonymes.

Si le mot « interprétariat » est devenu fréquent dans le langage courant, parmi les interprètes de conférence, « l’interprétation de conférence » fait l’unanimité. Tout comme dans les organisations professionnelles, les écoles d’interprètes, les organisations internationales (un des marchés principaux des interprètes de conférence) où tous parlent exclusivement « d’interprétation de conférence »

Pourquoi ?
Il y a plusieurs raisons à cela :
Le fait que le terme « interprétariat » soit un barbarisme est certainement une des raisons. Les interprètes de conférence sont, par définition, très attachés à la langue et à son respect.
S’ajoute à cela que « interprétariat » est utilisé de manière générique tout comme le mot « interprète ».
Les termes « interprétariat » et « interprète » étant génériques, ils se rapportent à tous les interprètes, quelle que soit leur activité spécifique. Pourtant, il en existe un certain nombre :
– interprète de conférence
– interprète de liaison
– guide-interprète
– traducteur-interprète
– interprète assermenté (auxiliaire de justice)
– interprète en milieu social et médico-social …

Il s’agit là d’activités proches mais néanmoins distinctes et seul « l’interprète de conférence » fait de « l’interprétation de conférence ». Il semble donc logique que les « interprètes de conférence » préfèrent un terme plus précis qui se rapporte à leurs compétences spécifiques, notamment les techniques d’interprétation de conférence (l’interprétation simultanée et consécutive) qui sont propres à leur profession… surtout quand on sait que l’activité professionnelle des interprètes n’est pas réglementée et que le titre n’est pas protégé. Quiconque peut donc se prétendre « interprète ».
Alors pourquoi ne pas parler « d’interprétariat de conférence », comme on peut le lire sur certain site ?
La raison tient à la nature même de l’activité de l’interprète.
« L’interprétation est pratiquée par les bons interprètes non comme une opération sur les langues, mais comme une opération sur ce qui se dit à travers les langues ; pour eux, il s’agit de comprendre et d’expliquer, il ne s’agit pas de convertir une langue en une autre. » (D. Seleskovitch, 1985).
Autrement dit, l’interprète transmet un message, le sens d’une intervention. En aucun cas son travail ne peut se réduire à la transposition de mots d’une langue à l’autre. L’interprète est celui qui comprend dans une langue et explique dans l’autre.
C’est pourquoi de l’avis des professionnels, le terme « interprétation » est donc celui qui correspond le mieux à l’activité des bons interprètes.
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*application linguistique proposée par Google, permettant d’observer l’évolution de la fréquence d’un ou de plusieurs mots ou groupe de mots à travers le temps dans les sources imprimées